Les Figures de l’ombre : le racisme, cette lutte des classes qui ne porte pas son nom

Et si le racisme était en fait une lutte des classes qui ne s’assume pas ?

Dès les premières minutes du film, on se pose la question. Dans la confrontation des jeunes scientifiques avec la police de Virginie par exemple : le policier réclame le respect non pas comme un agent de l’ordre public, mais comme un maître qui impose la soumission à ses esclaves. Il bénéficie de l’assurance que le pouvoir judiciaire approuvera ses éventuels abus.

Imaginons maintenant que ce même policier se retrouve dans la même situation, mais face au directeur blanc de la NASA, aurait-il le même comportement ? Assurément non ! Il serait socialement dominé et se plierait aux simples formalités. L’uniforme permet au Blanc, quelle que soit sa position sociale, sous couvert de faire respecter l’ordre public, de rappeler constamment au Noir sa réelle place hiérarchique dans la pyramide sociale.

Les Figures de l’ombre met en lumière trois Afro-Américaines, passionnées par leur métier de scientifique à la NASA, qui souhaitent se développer professionnellement sans entrave. Ces portraits de femmes sont un exemple de l’échec de l’oppression raciste aux États-Unis, mais ce furent des vies dans l’insécurité et l’humiliation.

Les violences policières aux États-Unis sont loin d’être de l’histoire ancienne. Le mouvement Black Lives Matter en témoigne : aujourd’hui encore, les Noirs sont toujours beaucoup plus victimes des très mal nommées « bavures »que le reste de la population. Pour certains Blancs, c’est un privilège légitime hérité de l’histoire esclavagiste qui permet de garder le Noir en situation d’infériorité, d’autant plus que, par ailleurs, sa condition sociale s’est élevée.

Ce qui est vrai dans la police l’est aussi dans les entreprises : la ségrégation raciale dans les années soixante existe au sein même de la NASA. On remarque dans le film que ce système d’organisation sociale sert à différencier les investissements publics : importants et luxueux pour les Blancs, dégradants pour les Noirs. Bien sûr, il n’y a pas de ségrégation dans le paiement des impôts ! Mais tout ceci a pour but de donner un sentiment de supériorité à une classe ouvrière blanche qui, malgré les oppressions de la classe blanche dirigeante, peut toujours se dire : « Eh bien, nos conditions de vie sont toujours mieux que celle des nègres ! », ce qui est parfait pour casser les grèves potentielles et s’assurer qu’il n’y aura pas de lutte sociale. Cette unité de race fantasmée survit grâce au rêve américain, qui prétend que chacun, en travaillant dur, peut améliorer sa position sociale individuellement, sans passer par la lutte sociale, si on est Blanc. Pour les Noirs, cela signifie le triple de travail, le sextuple de résultat pour peu de satisfaction : « Chaque fois qu’on a une chance de passer devant, ils reculent la ligne d’arrivée » (Marie).

Nos héroïnes servent principalement d’armée de réserve à exploiter à souhait, qui doit travailler beaucoup sans droit à l’erreur, sans espérer de réelle promotion et toujours sous l’épée de Damoclès du licenciement, qui peut tomber sans avoir à être justifié. Elles n’ont pas

à se plaindre, car elles sont le sommet de l’iceberg dans leur communauté. Bien sûr, elles ne sont engagées que parce qu’on n’a pas trouvé leurs talents dans la communauté blanche !

Les Figures de l’ombre est un film bien ficelé avec d’excellentes actrices comme têtes d’affiche : Taraji P. Henson, la star de la série Empire ; Octavia Spencer, l’inoubliable Minny Jackson de La Couleur des sentiments, Janelle Monae, talent musical et icône de mode, qui incarne au mieux les différentes formes que prend la lutte sociale pour réussir sa vie professionnelle quand on est une femme noire. Ce sont toutes ses batailles qui ont permis la victoire du mouvement des droits civiques

Pour finir, notre coup de cœur fut le talentueux Mahershala Ali, que l’on avait découvert dans House of Cards, et qui, comme toujours, incarne parfaitement le mot charisme.

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