Lénine : de l’utopie marxiste de la liberté des peuples à l’enfer bolchevik

Lénine est l’un des pères spirituels de Fidel Castro. Si Lénine grandit dans le confort, dans le bourg provincial de Simbirsk, aujourd’hui Oulianovsk, il a la pauvreté des habitants de son pays sous les yeux, tout comme Fidel Castro.

Ses parents soutiennent le régime du tsar. Le patriarche de la famille est même récompensé pour ses services en tant que fonctionnaire important et anobli par le tsar. Bon élève, Lénine est premier de sa classe au lycée, puis il décide d’aller étudier le droit à Kazan. Son père meurt et, un an plus tard, en 1887, son frère aîné, Alexandre Oulianov, étudiant en biologie de vingt et un ans, est pendu pour avoir tenté, sans succès, d’assassiner le tsar Alexandre III.

Lénine se radicalise à l’université, comme ce sera également le cas beaucoup plus tard pour Fidel Castro à Cuba. Il demande notamment le droit de réunion pour les étudiants. Chef de la révolte, ayant un frère exécuté pour tentative de régicide, Lénine Oulianov est prié, au bout de trois mois, de quitter l’université ainsi que la ville de Kazan. Il fait désormais l’objet d’une surveillance policière.

Il rejoint sa mère, son père étant décédé, dans la demeure de son grand-père, lieu champêtre où il est en vacances prolongées. C’est là qu’il découvre, au gré de ses lectures, Le Capital de Marx. Puis la famille déménage à Alakaevka où sa mère espère qu’il deviendra agriculteur. C’est un échec, la mère revend le terrain et Lénine va s’inscrire à l’université de Saint-Pétersbourg en tant qu’auditeur libre. Puis il s’installe à Samara en tant qu’avocat pour les paysans et commence sérieusement à se radicaliser.

La famine frappe la ville et Lénine s’en réjouit : cela permettra d’avancer sur le chemin de la révolution. Il retourne à Saint-Pétersbourg.

Il visite les quartiers ouvriers, tel un sociologue, et fréquente des aristocrates, puis entre dans l’action politique. Il est arrêté, emprisonné, puis exilé en Sibérie où il se marie avec une militante socialiste. Il s’exile en Suisse où il forge ses idées politiques : refus de la démocratie, dictature du prolétariat, rôle du parti, et donne des conférences. À Berne, c’est presque un immigrant modèle.

Il ne veut pas de révolution démocratique, il faut se soumettre à sa doctrine et il refuse de discuter : soit on est avec lui soit contre lui.

Il arrive à Londres et fréquente la bibliothèque du British Museum, un repaire affectionné en son temps par Karl Marx. Il se rend dans les pubs, où on écoute ses discours. Il rencontre Trotsky et se rend à Soho où Karl Marx a vécu.

En 1903, le voilà de retour en Suisse où il vit confortablement aux frais du parti ; Staline lui envoie de l’argent qu’il se procure en braquant des banques. Il aime particulièrement les bibliothèques où il lit Nietzsche, des ouvrages sur la Commune de Paris…

Janvier 1905. Le sanglant dimanche rouge où deux cent mille manifestants sont réprimés dans le sang par le tsar, avec comme conséquence la création de la douma, assemblée législative élue, suffit à convaincre Lénine que l’histoire est en marche et que la grande révolution approche. Il pense que ce n’est pas avec le peuple que l’on fait la révolution, mais avec des révolutionnaires.

Il crée une école de révolutionnaires à Longjumeau, en France, et fait venir des Russes pour les former à la lutte révolutionnaire. Après deux mois de cours, il retourne en Russie pour créer de l’agitation. À Paris, il partage sa vie entre deux femmes : son épouse, Nadejda Kroupskaïa, et sa maîtresse, Inès Armand, militante bolchevik.

Plus tard, en 1917 à Petrograd, une nouvelle révolte socialiste éclate. Cette fois-ci, Lénine, encore en exil en Suisse, veut agir. Il rentre au pays accompagné de ses « deux femmes ». En pleine Première Guerre mondiale, l’Allemagne favorise son retour pour affaiblir son ennemi de l’époque, le tsar de Russie. Celui-ci sera bientôt exécuté avec toute sa famille par les bolcheviks du gouvernement provisoire.

Lénine doit encore conquérir le pouvoir en Russie. Le chef du gouvernement provisoire, Aleksandr Kerenski, fils du proviseur de son lycée, peine à convaincre et Petrograd est envahi par les manifestants de toutes les mouvances politiques qui n’ont pas encore de leader charismatique. Le gouvernement provisoire décide la liberté de la presse, qui va servir les intérêts de Lénine. Les bolcheviks impriment des millions de tracts pour leur propagande. Lénine prend la direction de la Pravda, le journal du parti, où il écrit des articles assassins. Le magazine aurait été financé par les services secrets allemands.

Son discours, le 1er mai sur le Champ de Mars, affirme que la dictature repose sur la force. Avec son talent d’orateur et sa connaissance parfaite de la masse, il fustige le libéralisme, la guerre…

Il va se recueillir sur la tombe de sa mère et de l’une de ses sœurs. Et il continue de prononcer des discours populaires controversés. Militants et opposant se rencontrent dans la rue. Le gouvernement provisoire peine à s’imposer. Kerenski ordonne l’arrestation de Lénine pour espionnage. Celui-ci s’enfuit, entre dans la clandestinité, en profite pour écrire L’État et la Révolution et part en Finlande. Il revient en octobre 1917 à Petrograd. Son programme politique est simple : dire au peuple ce qu’il veut entendre, la terre aux paysans, aux soldats la paix, aux ouvriers les usines et l’État pour tout le monde. La révolution est un bain de sang nécessaire, selon lui.

Le 15 mars 1917, le tsar Nicolas II abdique. Il sera exécuté avec toute sa famille le 17 juillet 1918. Le 8 novembre 1917, les bolcheviks prennent le palais d’Hiver et le pouvoir en même temps. Lénine est chef du gouvernement. C’est le triomphe des révolutionnaires bolcheviks. Par contre, il n’arrive pas à faire l’unanimité, il perd les élections et, comme il a perdu démocratiquement, il fait encercler l’Assemblée constituante, sans concessions. C’est donc avec la violence qu’il va régner ; c’est le début des camps de concentration, des camps de travail, des exécutions sommaires… avec des millions de victimes.

Puis Moscou devient la nouvelle capitale, pour échapper à l’Allemagne qui menace toujours la Russie. Lénine s’installe au Kremlin, ancien palais du tsar, où il gouverne par décrets. Il décide de capituler devant l’Allemagne au prix le plus fort. Puis c’est la guerre civile contre les antibolcheviks. Il enrôle de force des hommes dans l’Armée rouge et

réquisitionne les terres. Les paysans refusent de retourner à la guerre, les bolcheviks arrivent dans les villages et massacrent ceux qui leur résistent. Les paysans doivent donner toute leur production, c’est la famine avec au moins cinq millions de morts. Il écrase le clergé avec beaucoup de brutalité. Il veut raser tous les monuments monarchiques et bannir du pays la religion, « opium du peuple ». La famine, la misère, l’opposition politique grandissante minent son action politique. Il fait arrêter et fusiller ses opposants politiques, même s’ils sont ouvriers ou paysans. Les grévistes sont envoyés en camp de concentration ou en camp de travaux forcés, les autres sont fusillés.

L’Internationale communiste peut alors commencer. L’Allemagne a perdu la Première Guerre mondiale, l’empereur perdu son trône, le pays est au bord de l’anarchie. La misère se développe, le parti allemand socialiste s’organise sous l’égide de Moscou. Hambourg se soulève, mais la révolution est matée par une alliance entre l’armée, la police et les sociaux-démocrates contre les communistes. Lénine doit renoncer à son rêve de s’étendre en Europe de l’Ouest. En1918, il est victime d’un attentat et, convalescent, il revoit Inès, sa maîtresse.

Les choses vont ensuite s’accélérer. En 1920, Lénine a cinquante ans. Le culte de sa personnalité commence : artistes, baptêmes de ville en son honneur, sculptures… La même année, Inès décède. En 1923, après trois attaques cérébrales, il ne peut plus parler. Il meurt le 21 janvier 1924, soutenu par son épouse.

Si on lui doit un meilleur accès à l’éducation pour les fils d’ouvriers et de paysans, on ne peut que lui reprocher la toute-puissance de la bureaucratie, la dictature, des morts innombrables… L’utopie de la libération des peuples s’est transformée en enfer.

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