Oscar Wilde, victime de la fausse pudeur victorienne ?

« Il n’est qu’une chose horrible dans ce monde, un seul péché irrémissible : l’ennui. », affirme Oscar Wilde, l’auteur du Portrait de Dorian Gray.

Pas seulement ! Selon ses contemporains, l’homosexualité ou le seul fait de se mettre à dos ses supérieurs valent une fatale mise au ban de la société. Oscar Wilde l’apprendra à ses dépens. Il fut de ces gens adulés qui finissent misérablement pour avoir offensé l’hypocrite pudeur d’une société faussement morale. Telle fut l’époque victorienne !

Né le 16 octobre 1854 à Dublin, d’une poétesse militante et d’un chirurgien « star » de l’œil et de l’oreille, anobli par la reine d’Angleterre en 1863, Oscar Wilde apprend l’art de la conversation de 1871 à 1878 au Trinity College de Dublin auprès d’un influent professeur d’histoire et décide alors de devenir écrivain. Puis il intègre par concours le Magdalen College d’Oxford de 1874 à 1878, où il essaye de gommer ses origines irlandaises pour se faire une place dans la société. Après des voyages en Europe et son diplôme en poche, il s’installe à Londres où il mène la grande vie au milieu de la haute société britannique. On apprécie son style de vie, ses traits d’esprit, son raffinement. Il fréquente les artistes, de Franck Miles à Sarah Bernhardt, et gagne sa vie comme critique d’art et poète. Son dandysme fascine autant qu’il rebute, mais Oscar Wilde se fiche des critiques auxquelles il répond : « La caricature est l’hommage que la médiocrité paie au génie. »

Il s’envole pour les États-Unis, la terre de tous les possibles, où il donne des conférences sur son sujet préféré, l’esthétisme. Il rencontre l’écrivain naturaliste Henri James, meilleur ami de notre chère Edith Wharton, mais ne s’entend pas avec lui. La presse britannique ne le lâche pas d’une semelle et relate avec avidité tous ses faits et gestes. Selon ses propres mots, Oscar Wilde pense avoir « civilisé l’Amérique », ce qui démontre son humilité.

Deux ans après son retour, en 1884, il épouse Constance Lloyd, un mariage de convenance pour faire face aux accusations d’homosexualité qu’il traîne comme une ombre derrière lui. Rien n’y fait, les rumeurs reprennent avec plus d’intensité, peut-être parce qu’elles sont fondées ! Wilde fréquente des hommes et, parmi eux, le fils du procureur général du Canada, cultive des relations tarifées avec des hustlers. Mais ce qui le fait tomber, c’est sa relation avec le fils d’un aristocrate, Alfred Douglas, âgé de vingt et un ans, avec qui il multiplie les virées nocturnes dans une société nuisible. Le père du jeune homme l’accuse publiquement d’avoir de mauvaises mœurs. Oscar Wilde tient à ne pas perdre la face devant une société à la gâchette facile et porte plainte. Cela se retourne contre lui. L’aristocrate réussit sans beaucoup de mal à le faire condamner à deux ans de prison fermes qui vont le détruire.

« Le fondement solide du mariage est une compréhension réciproque », disait Oscar Wilde du temps de ses succès. Une fois la honte tombée sur la famille, sa femme s’enfuit en Allemagne et change de nom. Sorti de prison, Wilde se retrouve seul et va s’installer en France, à Berneval, sous le pseudonyme de Sébastien Melmoth. C’est là qu’il rédige sa tendre Ballade de la geôle de Reading après avoir appris la mort de sa femme. Il se convertit au catholicisme, puis meurt d’une méningite à Paris le 30 novembre 1900.

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