Poldark : une vision manichéenne dépassée ?

     Il semble qu’avec le temps, les Britanniques se soient spécialisés dans la réalisation de séries historiques avec, comme fond d’écran, leur paysage bucolique atypique. On ne compte plus les récentes réalisations, elles sont plus nombreuses que jamais : Downton Abbey, tous les Jane Austen, Peaky Blinders… Petite évolution notable très positive : les personnages principaux ne sont plus forcément des aristocrates si prévisibles, mais proviennent de toutes les souches sociales, comme dans les séries Peaky Blinders et Poldark. Qui sait, peut-être Dickens sera-t-il le prochain à être réadapté à la télévision ? On attend déjà la nouvelle adaptation des Misérables de Victor Hugo par la BBC.

Ce qui fascine, dans ces séries britanniques nouvelle génération, mettant en lumière des héros ou antihéros pauvres essayant par tous les moyens de se forger un avenir, c’est justement cette évolution sociale : comment elle s’accomplit et comment elle fait évoluer la société tout entière.

Dans la série Poldark, dès le premier épisode, le personnage qui retient l’attention n’est autre que George Warleggan, petit-fils de forgeron. Sa famille a bataillé pour se construire une place dans la haute société en Cornouaille, mais encore faut-il conserver ces privilèges si durement acquis et si contestés ! « Les âmes faibles se corrompent dans l’adversité, les âmes fortes s’y épurent », dira la vieille tante Poldark (saison 1, épisode 1). Voir, dans son combat contre Ross Poldark, le pouvoir que confère l’argent s’opposer à celui que confère le nom est jouissif ! Des questions somme toute tout à fait contemporaines dans un monde où le nom et l’argent ont tendance à converger. C’est dommage que le Royaume-Uni ne produise pas de série actuelle sur le même sujet. À l’heure du Brexit, cela serait l’occasion rêvée, par comparaison entre les différentes époques, de se questionner sur l’état de l’ascenseur social dans ce pays et peut-être enfin de mettre le doigt sur le véritable mal qui ronge cette nation !

Dès l’épisode 2, le ton est donné : l’ennemi, c’est la banque ! « On est là pour faire du sentiment ou du profit ? » Warleggan. Par contre, les propriétaires terriens partagent les mêmes souffrances que le peuple : lord Bassett se suicide, criblé de dettes, et Ross

Poldark donne du travail à un fermier qui, victime collatérale de la fermeture de la mine, craint de voir mourir sa mère et ses sœurs. Les méchants bourgeois contre les gentils aristocrates, voilà une vision manichéenne de la société qui manque cruellement de subtilité ! Cet effet s’estompe un peu au vu des salaires que certains propriétaires distribuent à leurs employés. Mais sous la pression de leurs parvenus de banquiers sans scrupules ! Du coup, le grand méchant reste Georges Warleggan, véritable antihéros de la série. Un personnage qui, à notre avis, n’est pas assez exploité. Chacun semble enfermé dans sa condition, avec peu d’espace de liberté, telle Verity qui, parce qu’elle n’est pas mariée à vingt-cinq ans, doit vivre en ermite au service de sa famille jusqu’à ce qu’elle face preuve d’un peu d’audace. L’audace est d’ailleurs dans cette série la seule façon de créer du possible.

Comparée à la riche complexité des personnages de Game of Thrones, une série telle que Poldark, mettant en scène les bons d’un côté, représentés par Ross Poldark, et les méchants de l’autre, représentés par George Warleggan, est devenue un peu trop simpliste à notre goût. En cela, Peaky Blinders reste au sommet de la pyramide des nouvelles séries britanniques historiques !

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