Sils Maria : une magnifique ode au temps qui passe

« Si on est sincère, on est la somme de ses expériences, sans exception. » (Maria Enders)

Maria Enders, jouée par l’excellente Juliette Binoche, est une actrice à succès. En route pour recevoir un prix, elle apprend la mort du dramaturge qui a lancé sa carrière. Mise en abyme brillante : lors d’une soirée, un jeune scénariste lui propose de rejouer une pièce du défunt, Le serpent de Maloja, qui avait fait son succès vingt ans plus tôt. Elle y interprétait le rôle d’une jeune fille qui avait une relation amoureuse avec une femme plus âgée, qu’elle allait détruire. À présent, on lui propose de jouer le rôle d’Héléna, cette femme mature et désespérée. Pour faire face à ce défi, Valentine, son assistante, jouée par l’énigmatique Kristen Stewart, lui donne la réplique en privé, joue le rôle de psychologue – « une interprétation de la vie et parfois plus vraie que la vie » –, de secrétaire, d’amie…

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C’est l’ange juché sur son épaule pour la conduire sur le chemin de l’estime d’elle-même. Le succès de l’une est le succès de l’autre. C’est son double complémentaire et antagoniste : jeune, vive, détachée. « Un texte est comme un objet, il varie selon le point de vue. »

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Maria ressemble de plus en plus au personnage qu’elle est censée interpréter : plus âgée, aigrie, manquant de confiance en elle. Cela rend son jeu très difficile. « Il est plus facile de s’identifier à la force qu’à la faiblesse. » La relation entre les deux femmes ressemble étrangement à celle décrite dans la pièce, à la différence que Valentine cherche à aider sa patronne qui doit faire face au défi qu’elle s’est fixé : admettre de ne plus être la jeune fille qui jouait le rôle de Sigrid vingt ans plus tôt, mais la femme mature au tournant de sa vie, qui doit accepter de vieillir. Elle répète pathétiquement : « Je veux être Sigrid ».

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La présence omniprésente de la technologie – portables, tablettes, Google–, nous ancre dans un quotidien contemporain. C’est comme un miroir du monde moderne, avec la présence en fond de toile du quatrième pouvoir faisant la pluie et le beau temps sur les tendances et les modes : la presse entretient un rapport malsain avec le monde du cinéma et la célébrité et impose arbitrairement un monde où la nouveauté, la jeunesse et le scandale sont célébrés.

Sils Maria d’Olivier Assayas est un film sur le cinéma, une ode au temps qui passe, qui s’inscrit dans les carrières, les visages, les humeurs. Les amateurs de beaux paysages seront subjugués par la Suisse, véritable personnage à part entière. On voit également l’envers du décor du rêve hollywoodien. Mention spéciale à Chloë Grace Moretz, qui joue à merveille le rôle de Joann, l’interprète de la nouvelle Sigrid ; elle n’est pas « aseptisée comme le reste d’Hollywood » et « n’a pas peur d’être elle-même ». « La cruauté est cool, la souffrance craint », dira Valentine.

« Les goûts peuvent s’user comme le désir », affirmera Christopher Giles, l’amant de Joann, comme pour expliquer pourquoi il y a une telle hostilité de notre époque face à la vulnérabilité. « La jalousie n’est pas séduisante. » Seul défaut du film : sa durée. Le réalisateur aurait pu faire aussi bien en beaucoup moins long.

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