Dear White People : quand la race obsède les citoyens d’un même pays

« Mes chers amis blancs, […] je conçois très bien que d’être réduit à sa race, son ethnie, sur la base de généralités soit une expérience nouvelle et dévastatrice pour certains d’entre vous ! Mais il y a une différence : mes plaisanteries ne foutent pas en taule votre jeunesse à un taux plus qu’alarmant. Et ne transforme pas le simple fait de marcher dans les rues en danger pour votre vie. Mais les vôtres le font ! Quand vous vous moquez ou quand vous nous rabaissez, vous justifiez un système existant. Les flics qui font baisser les yeux d’un Noir en le menaçant de leur arme […] ils voient un nègre ! Un négro ! »

La série Dear White People met en lumière les discriminations quotidiennes que subissent les Noirs aux États-Unis. Et qu’apprend-on ? Que la race passionne les citoyens de ce pays.

Après tout, pourquoi un groupe de Blancs organise-t-il une soirée sur le thème de la « négritude » ? Eh bien, peut-être que leur « race » est la seule chose qui les réunit ! Ils n’existent comme groupe social fantasmé que par opposition à un autre groupe social fantasmé.

L’antiracisme dans cette série fonctionne de la même façon : le club est composé uniquement de personnes noires qui n’ont rien en commun, si ce n’est de lutter contre les discriminations qu’elles subissent du fait de leur couleur de peau. Le racisme et l’antiracisme sont donc ici source de socialisation. D’ailleurs, lorsque le groupe antiraciste découvre que l’héroïne de la série a un petit ami blanc, elle est ostracisée. Quand celui-ci essaye de briser la color line et se rend à une des soirées antiracistes, il est violemment pris à partie et victime d’une discrimination inconsciente. On lui reproche de ne pas comprendre les discriminations raciales et, en même temps, on lui fait vivre l’expérience. Le racisme et l’antiracisme dans cette série « s’interalimentent » constamment. Chacun a l’impression d’appartenir à un clan qui, d’une certaine manière, le protège. Après tout, normalement, la race est permanente, dans ce monde où tout change tout le temps et tellement vite. Elle est donc une source identitaire considérée comme fiable. Que la série se passe aux États-Unis n’est pas anodin : ce pays fut, dès ses premières heures, le théâtre du génocide des Indiens d’Amérique et d’un système esclavagiste dont découle la discrimination raciale toujours en vigueur aujourd’hui. Cette discrimination est criante dans l’épisode 6, avec ce permis légal

de tuer accordé à la police, beaucoup plus meurtrier que les lynchages d’il y a quelques décennies.

C’est finalement à une confrontation des mémoires non pacifiées qu’on assiste et cela donne des scènes plutôt cocasses, entre l’élève noir qui, façon Obama, cultive les clichés du Noir intégré pour se faire élire président des élèves, ou Colandrea, la Blair Waldorf noire de l’université, qui, selon ses propres dires, parle « le blanc » et refuse d’être stigmatisée pour sa couleur, et finit par ne s’entourer que d’amies blanches. Mais, ainsi, elle est aux premières loges pour recevoir tous les coups, conséquences du racisme systémique.

En face, ce n’est pas mieux ! En plus de participer à cette fête raciste pathétique, certains Blancs se mobilisent contre l’émission de radio dénonçant la discrimination des Noirs sur le campus, qu’ils qualifient de racisme inversé. Pourquoi inversé, d’ailleurs ? Comme si le racisme était leur privilège. Au moins jusqu’à la fin de l’épisode 6, ils reprochent à Samantha White de crier au loup.

Il est temps de rappeler la définition du racisme : idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les « races » ; comportement inspiré par cette idéologie. De là découlent souvent pour les racistes des privilèges et des droits sur les races dites inférieures et sont justifiées les discriminations. Cette doctrine a été élaborée pour justifier l’esclavage. À aucun moment, Samantha White n’affirme dans son émission une quelconque supériorité. Elle dépeint juste avec humour et intelligence les discriminations et humiliations qu’elle subit au quotidien.

Le plus affligeant, c’est que, dans la réalité, par un effet de miroir, certains Américains ont décidé de boycotter Netflix pour avoir distribué la série, ce qui démontre la réalité de ce qui est dénoncé avec beaucoup de franchise dans la série et l’intensité du problème. Pourtant, au fur et à mesure que les épisodes passent, on se rend compte d’une chose : personne au fond (en dehors de la police) ne prétend vraiment qu’une race est supérieure aux autres. L’Amérique doit simplement abolir une fois pour toutes le système de castes raciales créé par l’histoire, donnant des privilèges à certains, mettant la vie d’autres en danger, séparant les citoyens d’un même pays, obsédant tout le monde.

Remarque : pourquoi le Kenyan a-t-il cet accent ridicule ?

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