Aspasie ou le mythe de la femme fatale

Aspasie ou le mythe de la femme fatale
 
 
L’histoire fut écrite en grande partie par les hommes, pour qui la femme, dans toute sa complexité, reste l’un des plus grands et fascinants mystères. À la fois utile, servile, envoûtante, fantasmée, décrite comme une sainte ou une putain… la femme sous la plume masculine entre souvent dans l’Histoire par une porte dérobée.
Dans cet imaginaire, la femme fatale a une place à part. C’est un phénix : à chaque fois qu’elle meurt, la voilà qui renaît de ses cendres, mais sous une forme nouvelle, toujours transgressive. Aspasie de Milet, amante de l’antique Périclès (Ve siècle avant J.-C.) fut l’une de ces femmes et voici ce qu’elle nous dit du mythe.
Dans une Grèce antique patriarcale qui nie à la femme le statut de citoyenne, en ne lui donnant aucun droit juridique, les plus grands auteurs de l’époque (Aristote, Galien et Hippocrate) la présentent comme débile et fragile. Elle sert le plus souvent à la reproduction qui permet la transmission du patrimoine.
Ce ne fut pas tout à fait le cas d’Aspasie, une hétaïre grecque qui dérogea à la règle. Hétaïre, en voilà un joli métier pour qualifier la belle hypocrisie du système patriarcal de la Grèce antique ! Il s’agit d’une femme éduquée, souvent étrangère (une métèque), de haut niveau social, concubine de ces messieurs, indépendante, qui a le droit de gérer les dons qu’elle reçoit de ses amants. Intellectuellement, elle n’a plus rien de fragile ! Mais qui, en recevant une rétribution des hommes, est encore soumise au bon vouloir de ces messieurs.
Que nous dit Aspasie du mythe de la femme fatale ? Elle est indépendante et sûre d’elle, créatrice, séductrice, intelligente et savante, audacieuse, ambitieuse, manipulatrice, lumineuse et c’est la reine du réseautage. C’est à cette dernière qualité que, bien souvent, elle doit sa place dans l’Histoire ! Aspasie, selon Plutarque, « domin[e] les hommes politiques les plus éminents et inspir[e] aux philosophes un intérêt qui n’[est] ni mince ni négligeable ».
Nous devons à la Grèce antique une conception encore bien ancrée dans notre imaginaire collectif, contre laquelle il nous faut encore lutter, qui oppose les femmes légitimes, dont la liberté est réprimée, à la putain, ou la salope, qui n’a aucune sécurité, si ce n’est ses propres talents, mais qui est libre d’en user autant qu’elle le souhaite.
N’est-ce pas ce qui explique la difficulté des femmes instruites à trouver, encore aujourd’hui, « chaussure à leur pied » ? Le message à travers les siècles est clair : seul l’insécurité qui vous oblige toujours a remettre en cause vos acquis peut vous offrir la liberté ! 

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