Clap final de Downton Abbey : hommage à lady Edith Crawley

Clap final de Downton Abbey : hommage à lady Edith Crawley

     L’épisode final de Downton Abbey, la série qui repose sur la bataille opposant changement et tradition, thème tellement contemporain, fut satisfaisant : si l’avant-dernier épisode avait été critiqué pour le sort réservé à lady Edith Crawley, ce dernier épisode lui rend hommage ! Après tout, n’est-elle pas le personnage le plus fascinant de la série ? Entrepreneuse, mère célibataire, femme libre de toute convention… De nombreuses femmes se seront identifiées à elle qui a démontré son courage et son intelligence avec classe et humilité. Femme moderne, elle a les mêmes problèmes que beaucoup d’entre nous. Stabiliser une relation, pardonner, avoir confiance en soi, rester forte face à la critique ou accepter ses échecs pour en faire des forces. Elle prend des risques et avance à son rythme. Et elle est d’une grande sincérité. « Je crois qu’il ne faut pas s’arrêter à ce genre de détails », dit-elle, donnant ainsi la victoire au changement face aux traditions.

Car ce qui caractérise le monde dont elle est issue, un monde protocolaire, c’est justement le sens du détail ! La modernité s’incarne alors pour et par Edith Crawley, dans la simplicité, le naturel, pour ainsi dire, le vrai. N’est-ce pas ce qu’on admirait chez une autre lady ?

On souhaite à lady Crawley, comme au reste des personnages de Downton Abbey, le meilleur pour l’avenir !

Jane Austen Biographie

« La vanité et l’orgueil sont des choses différentes, bien que les deux mots soient employés comme synonymes. On peut être orgueilleux sans être vaniteux. L’orgueil vient de l’opinion que nous avons de nous-mêmes, la vanité, de ce que nous voudrions que l’on pensât de nous. »

                                                            Orgueil et préjugés (Pride and prejudice), Jane Austen, 1775-1817

Je débute l’année littéraire avec Jane Austen.  L’époque géorgienne , le style réaliste, appuyé par le discours indirect libre .  Jane Austen évoque ce sujet qui deviendra si cher à l’époque victorienne : le mariage des jeunes filles un thème étrange pour celle qui resta jeune fille toute sa vie.

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La romancière britannique est née à Steventon dans Hampshire en 1775. Elle est issue d’une famille de huit enfants et perdit son père, le révérend Austen, en 1805. Austen écrit pour occuper ses frères et sœurs. Après Amour et Amitié, et Les deux Manières (1811), elle fit paraître Orgueil et préjugés (1813), chef-d’œuvre d’humour d’inspiration domestique. Ennemie du romantisme exacerbé prôné par Ann Radcliffe, émule de Richardson, elle écrivit Northanger Abbey en 1818, qui reste un délicieux pastiche de roman sombre.

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Jane poursuit avec Mansfield Park (1814), Emma (1816) et Persuasion (1818), ouvrages posthumes qui, décrivant de façon acerbe la bourgeoisie provinciale anglaise, sont des œuvres teintées de pessimisme. Son attention à la vie intérieure de ses héroïnes et ses peintures d’univers féminin aux relations complexes ont fait de Jane Austen l’une des « mères fondatrices » du roman moderne. Elle décède à Winchester en 1817.

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No Brexit : les arguments de David Cameron

 

Le Royaume-Uni peut-il se passer de liens commerciaux avec l’Union européenne ? Pour David Cameron, le Royaume-Uni doit continuer à définir les règles du marché commun de cinq cents millions de personnes et pour cela, mieux vaut être « in » que « out ».

Après tout, 50 % des exportations du Royaume-Uni sont dirigées vers l’Europe, à laquelle le pays est géographiquement attaché. L’économie de la Grande-Bretagne est tributaire des services (3/4). Sortir de l’Union européenne aurait des conséquences sur « la vente au détail, l’assurance et les industries créatives ».

En ce qui concerne les accords commerciaux avec le reste du monde, David Cameron pose une excellente question : « Comment penser que l’Inde, la Chine ou le Brésil signeront des accords commerciaux avec nous sans savoir quelle sorte de nouvelles relations nous aurons avec l’Europe ? » La seconde question pertinente que David Cameron se pose est au sujet de la sécurité : « Le Royaume-Uni peut-il vraiment assurer sa sécurité sans l’Union européenne ? […] La Grande-Bretagne a signé toutes sortes d’accords avec ses voisins européens », entre autres le mandat d’arrêt européen, le partage d’information, l’accès au casier judiciaire européen… Signer un accord avec l’UE tout en étant à l’extérieur de l’Union sous-entend, d’après le Premier ministre, d’être soumis à des règles que les Britanniques ne pourront plus influencer.

Puis vient la question fondamentale des relations du Royaume-Uni avec le reste du monde. À entendre Michael Gove, Boris Johnson ou Nigel Farage, le Royaume-Uni doit sortir de l’UE, car il a un brillant avenir de « leader du reste du monde ». David Cameron semble penser exactement comme eux, rappelant que le Royaume-Uni est la cinquième économie mondiale, avec une grande armée, mais il se demande si tout cela sera suffisant face au nucléaire iranien, à l’agression russe en Ukraine, à la crise des migrants, au terrorisme et au « poison » de l’extrémisme islamiste. Sans parler du fait que les alliés de l’Otan souhaitent que le Royaume-Uni reste dans l’Union européenne. Pourquoi ? Selon David Cameron, l’union entre les nations occidentales fait tout simplement la force. Pour lui, quitter l’Union est un risque pour l’économie : « pression sur la livre sterling, le taux d’intérêt et sur la croissance ». Il y a pire, toujours d’après David Cameron, un risque pour la réputation du pays en tant que nation forte « au cœur des institutions les plus importantes du monde ».

Il est vraiment difficile en ce moment de comprendre les Britanniques ! D’un côté, ils clament haut leur supériorité dans différents domaines et de l’autre, ce débat révèle du pays une fragilité très préoccupante.

Imagine a world where a British airline wasn’t allowed to fly between Rome and Paris; where British farmers were slapped…

Posté par David Cameron sur mardi 5 avril 2016

Broadchurch saison 2, où la seconde épreuve est judiciaire

« Vérité et justice sont deux choses différentes. […] il nous faudra tout savoir de vous […] pas de secret entre nous. Les avocats de Miller sont redoutables, rapides, sans scrupules, prêts à tout, ils le prouvent déjà ! »                                                                                                                                             Maître Knight

Vous venez d’être victime d’un crime, de façon directe ou indirecte. Se pose alors la question la plus éprouvante de votre vie : voulez-vous obtenir justice ?

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D’abord, qu’est-ce que la justice ? À quoi va-t-elle vous servir ? Ne vaut-il mieux pas la rendre soi-même ? Et si le jugement se transformait en seconde épreuve interminable et violente ? Voilà notamment les problématiques posées dans la seconde saison de Broadchurch ! Les réponses sont certainement individuelles et personnelles.

Fermez les yeux ! On assassine votre fils et vous devez supporter une seconde autopsie et de devoir déterrer votre enfant. Il y a toujours le risque que l’assassin soit libéré pour vice de procédure ou manque de preuve… Les procès sont souvent à rallonge et il faut revivre point par point le crime. On est émotionnellement investi, ce qui tourne souvent à la torture. Sans parler de la pression médiatique et de l’exposition de votre intimité. À tout moment, la victime peut être transformée en coupable.

Dans ses conditions, comment alors faire son deuil ? C’est-à-dire, « faire un travail sur soi même […] se ressaisir […] accepter qu’on ne changera pas le passé et se projeter dans l’avenir [afin] de reprendre les rênes de sa vie ». Et pourtant, demander justice est jugé nécessaire pour se reconstruire, car cela permet au moins de mettre cartes sur table, faire face pour pouvoir aller de l’avant. Comme dirait le révérend Paul Coates : « lorsque je suis faible, c’est à ce moment que je suis fort ».

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La série ne critique pas la justice en soi, mais les dérives du système judiciaire qui détruit. « C’est tout le système qui est pourri », dit Mark Latimer. La vérité sur le métier d’avocat est peut-être sortie de la bouche de maître Bishop : « Je ne vois aucune noblesse dans notre métier d’avocat, pour moi c’est un jeu inégal, disproportionné, déséquilibré. Ceux qui le pratiquent parlent de vocation pour justifier leur cynisme, c’est une bataille de rue en perruque rien d’autre. » Une fois entré dans la machine judiciaire, compartimenter, c’est seulement comme cela qu’on survit.

La saga de l’été 2016 : le Royaume-Uni post Brexit

                     La conséquence du Brexit : un « Royaume-Désuni »

Si vous n’êtes pas encore prévenue, le meilleur soap de l’été 2016 se nomme « UK post-Brexit ». Et aucun scénariste de série télé n’aurait pu imaginer un scénario aussi kafkaïen !

Comme on l’avait prévu, les Britanniques ont voté, pour le Brexit. Se sont ensuivies la démission du Premier ministre David Cameron et une guerre de succession au parti conservateur au pouvoir. Et là, quelle aventure ! Boris Johnson, fervent brexiter, un peu opportuniste, est obligé de renoncer à son plus grand rêve, devenir Premier ministre, car Michael Gove, ancien ministre de la Justice (qui avait déjà trahi son ami David Cameron durant sa campagne contre le Brexit, pour soutenir les brexiters, dont Boris Johnson) l’abandonne et décide de se présenter lui-même à la succession de David Cameron. Vous suivez ?

Michael Gove n’est pas arrivé à réunir assez de soutiens pour se qualifier et se voit devancé par deux femmes : Andrea Leadsom, soutenue par Boris Johnson, et Theresa May. À la suite d’une polémique autour de sa moquerie au sujet de la situation familiale de Theresa May qui n’a pas d’enfant, Andrea Leadsom abandonne la course. C’est ainsi que, sans passer par le vote des cent cinquante mille adhérents du parti conservateur qui devait départager les deux femmes, Theresa May devient le nouveau Premier ministre du Royaume-Uni. Et c’est la première femme à occuper le poste depuis Margaret Thatcher.

Au parti travailliste, un coup d’État se prépare ! Jeremy Corbyn, à qui on reproche de ne pas avoir crié assez fort son opposition au Brexit, est sommé de démissionner, ce qu’il refuse. Les manœuvres sont en place pour le destituer. Après avoir fait une campagne plus que controversée, démontrant clairement qu’en politique la fin justifie les moyens, Nigel Farage, leader, voix, mais aussi visage du parti d’extrême droite UKIP, vient de démissionner.

Au vu du débat qui a opposé brexiters et antibrexiters durant la campagne, on parie sur la fusion sur le long terme de UKIP et du parti conservateur.

Au même moment, l’indépendantiste écossaise Nicola Sturgeon, Premier ministre d’Écosse, voit surgir une nouvelle occasion de quitter le Royaume-Uni suite au Brexit, sa région ayant majoritairement voté pour rester dans l’UE. Et là, c’est la reine, qui ne cache plus ses vues politiques (opposée à toute sécession et plutôt pour le camp des brexiters), qui décide de lui répondre. L’Irlande du Nord, qui a toujours été partagée entre rester dans le Royaume-Uni ou rejoindre la République d’Irlande, a également voté majoritairement pour rester dans l’Union européenne et se pose des questions sur son avenir.

Il faut ajouter que Londres qui, économiquement, a depuis longtemps divorcé du reste du pays, a massivement voté pour le camp du « in ». À la différence du Pays de Galles et du reste de l’Angleterre qui ont voté pour le camp du « out ».

Le référendum sur le Brexit a démontré également une fracture entre la jeunesse, favorable au camp du « in », et les plus âgés, plutôt « out ».

Une sacrée pagaille qui montre que le pays est plus divisé que jamais.

Margaret Thatcher peut-elle sauver le Royaume-Uni ?

Le référendum sur le Brexit a révélé au monde la désunion des Britanniques sur les choix stratégiques concernant l’avenir de leur nation dans la globalisation.

On retrouve ce genre de fracture dans tout l’Occident. La dernière fois que le pays fut autant ébranlé, il mit une femme forte, Margaret Thatcher, à la tête du pays. Elle redressa tant bien que mal la nation en lui faisant prendre un virage à 190°.

C’est justement ce qu’attendent certains Britanniques de Theresa May, le nouveau Premier ministre du Royaume-Uni.

Voici un rapide retour sur le bilan de Margaret Thatcher. Elle affirmait avec détermination : « En politique, si vous voulez des discours, demandez à un homme. Si vous voulez des actes, demandez à une femme ». Elle incarna le verbe agir de tout son être. Née dans la classe moyenne en 1925, elle fit des études de chimie et de droit avant de devenir, en 1959, députée, puis, en 1975, chef du parti conservateur et, enfin, première femme Premier ministre du Royaume-Uni en 1979.

Margaret Thatcher fut ultra libérale et privatisa dès qu’elle le put. Elle réduisit les budgets sociaux et se montra intransigeante avec les syndicats, son inflexibilité lors de la grève des mineurs entre 1984 et 1985 lui donna le surnom de « dame de fer ». Sur la souveraineté britannique, Margaret Thatcher fit preuve d’une volonté sans bornes durant la campagne militaire de reconquête des Malouines contre l’Argentine. Elle enchaîna trois mandats successifs et, à l’instar de Winston Churchill, elle fut une atlantiste convaincue. Fervente anticommuniste, ennemie du supranationalisme, pour elle l’Union européenne n’a qu’un seul atout : le libre-échange.

Le résultat de la politique de Margaret Thatcher, c’est le Brexit et la désunion nationale qu’il a dévoilée. Car sa politique a conduit à une explosion des inégalités sociales et surtout régionales, qui explique le divorce économique entre Londres et le reste du pays. Or la mission de Theresa May est de garantir l’unité nationale en assurant le développement économique et social de toutes les régions du Royaume-Uni. Le feu peut-il éteindre l’incendie ?

Poldark : une vision manichéenne dépassée ?

     Il semble qu’avec le temps, les Britanniques se soient spécialisés dans la réalisation de séries historiques avec, comme fond d’écran, leur paysage bucolique atypique. On ne compte plus les récentes réalisations, elles sont plus nombreuses que jamais : Downton Abbey, tous les Jane Austen, Peaky Blinders… Petite évolution notable très positive : les personnages principaux ne sont plus forcément des aristocrates si prévisibles, mais proviennent de toutes les souches sociales, comme dans les séries Peaky Blinders et Poldark. Qui sait, peut-être Dickens sera-t-il le prochain à être réadapté à la télévision ? On attend déjà la nouvelle adaptation des Misérables de Victor Hugo par la BBC.

Ce qui fascine, dans ces séries britanniques nouvelle génération, mettant en lumière des héros ou antihéros pauvres essayant par tous les moyens de se forger un avenir, c’est justement cette évolution sociale : comment elle s’accomplit et comment elle fait évoluer la société tout entière.

Dans la série Poldark, dès le premier épisode, le personnage qui retient l’attention n’est autre que George Warleggan, petit-fils de forgeron. Sa famille a bataillé pour se construire une place dans la haute société en Cornouaille, mais encore faut-il conserver ces privilèges si durement acquis et si contestés ! « Les âmes faibles se corrompent dans l’adversité, les âmes fortes s’y épurent », dira la vieille tante Poldark (saison 1, épisode 1). Voir, dans son combat contre Ross Poldark, le pouvoir que confère l’argent s’opposer à celui que confère le nom est jouissif ! Des questions somme toute tout à fait contemporaines dans un monde où le nom et l’argent ont tendance à converger. C’est dommage que le Royaume-Uni ne produise pas de série actuelle sur le même sujet. À l’heure du Brexit, cela serait l’occasion rêvée, par comparaison entre les différentes époques, de se questionner sur l’état de l’ascenseur social dans ce pays et peut-être enfin de mettre le doigt sur le véritable mal qui ronge cette nation !

Dès l’épisode 2, le ton est donné : l’ennemi, c’est la banque ! « On est là pour faire du sentiment ou du profit ? » Warleggan. Par contre, les propriétaires terriens partagent les mêmes souffrances que le peuple : lord Bassett se suicide, criblé de dettes, et Ross

Poldark donne du travail à un fermier qui, victime collatérale de la fermeture de la mine, craint de voir mourir sa mère et ses sœurs. Les méchants bourgeois contre les gentils aristocrates, voilà une vision manichéenne de la société qui manque cruellement de subtilité ! Cet effet s’estompe un peu au vu des salaires que certains propriétaires distribuent à leurs employés. Mais sous la pression de leurs parvenus de banquiers sans scrupules ! Du coup, le grand méchant reste Georges Warleggan, véritable antihéros de la série. Un personnage qui, à notre avis, n’est pas assez exploité. Chacun semble enfermé dans sa condition, avec peu d’espace de liberté, telle Verity qui, parce qu’elle n’est pas mariée à vingt-cinq ans, doit vivre en ermite au service de sa famille jusqu’à ce qu’elle face preuve d’un peu d’audace. L’audace est d’ailleurs dans cette série la seule façon de créer du possible.

Comparée à la riche complexité des personnages de Game of Thrones, une série telle que Poldark, mettant en scène les bons d’un côté, représentés par Ross Poldark, et les méchants de l’autre, représentés par George Warleggan, est devenue un peu trop simpliste à notre goût. En cela, Peaky Blinders reste au sommet de la pyramide des nouvelles séries britanniques historiques !

Poldark, saison 2 : l’argent contre le nom

                    L’un est riche, « son influence s’étend partout », mais petit-fils de forgeron. L’autre est pauvre, mais aristocrate. On ne peut pas vraiment faire plus antagonistes ! Ils auraient pu s’allier, mais l’ambition du premier et la fierté du second rendent toute collaboration inenvisageable. De là, est sous-tendue une bataille de pouvoir symbolique. Georges recherche le respect de Ross Poldark, comme un enfant demande l’attention d’un père. Une fois violemment débouté, il tente pathétiquement de tuer ce qu’il ne peut soumettre. Il est étonnant d’ailleurs qu’il ne tente pas de séduire l’épouse de Ross Poldark, mais cela l’aurait ramené à ses origines sociales dont il n’est pas fier. Il jette alors son dévolu sur lady Élisabeth, dont la conquête lui permettrait de faire d’une pierre deux coups : humilier les Poldark et s’extirper encore plus de sa caste sociale.

Son obsession – détruire ce qu’il ne peut pas être – et sa susceptibilité marquent intensément son infériorité sociale. L’enjeu de cette lutte de classe est partiellement explicité par Francis Poldark. Dans une diatribe contre George Warleggan, il affirme : « Vous pouvez montrer vos guinées dans vos habits et calèches luxueux. Vous pouvez acheter un blason. Couvrir vos servantes d’une livrée criarde. Vous pouvez même vous acheter l’entrée de tous les clubs, mines et salons de ce pays. Mais ce que vous ne pourrez jamais acheter est la noblesse ou le savoir-vivre ou bien la décence commune. » Georges aurait pu rire franchement ou avoir pitié de son interlocuteur devant ces paroles si peu en phase avec la réalité, mais il est blessé et devient menaçant. Ce sont les marques de l’échec !

Si Francis Poldark était un personnage phare, quoique mal compris, dans la saison 1, il devient le centre de toutes nos interrogations dans cette saison 2. Torturé, à mi-chemin entre la rectitude et la félonie. Il n’a ni les qualités intrinsèques de son cousin ni le sens des affaires de son « ami ». Mais il lui reste cette apparente noblesse qu’il tente tant bien que mal de mettre à profit. Il multiplie les comportements ambivalents. Et c’est au moment où on est prêt à le déclarer fou qu’il se montre d’une lucidité tout à fait remarquable.

Puis débarque un nouveau personnage tout à fait intéressant, le « trophée » du prétendant au siège de député Unwin Trevaunance :  Caroline Penvenen. Lucide, effrontée, cette jeune héritière pleine d’esprit peut, dans un premier temps, passer pour frivole. Lumineuse, elle est notre coup de cœur de cette deuxième saison.

Oscar Wilde, victime de la fausse pudeur victorienne ?

« Il n’est qu’une chose horrible dans ce monde, un seul péché irrémissible : l’ennui. », affirme Oscar Wilde, l’auteur du Portrait de Dorian Gray.

Pas seulement ! Selon ses contemporains, l’homosexualité ou le seul fait de se mettre à dos ses supérieurs valent une fatale mise au ban de la société. Oscar Wilde l’apprendra à ses dépens. Il fut de ces gens adulés qui finissent misérablement pour avoir offensé l’hypocrite pudeur d’une société faussement morale. Telle fut l’époque victorienne !

Né le 16 octobre 1854 à Dublin, d’une poétesse militante et d’un chirurgien « star » de l’œil et de l’oreille, anobli par la reine d’Angleterre en 1863, Oscar Wilde apprend l’art de la conversation de 1871 à 1878 au Trinity College de Dublin auprès d’un influent professeur d’histoire et décide alors de devenir écrivain. Puis il intègre par concours le Magdalen College d’Oxford de 1874 à 1878, où il essaye de gommer ses origines irlandaises pour se faire une place dans la société. Après des voyages en Europe et son diplôme en poche, il s’installe à Londres où il mène la grande vie au milieu de la haute société britannique. On apprécie son style de vie, ses traits d’esprit, son raffinement. Il fréquente les artistes, de Franck Miles à Sarah Bernhardt, et gagne sa vie comme critique d’art et poète. Son dandysme fascine autant qu’il rebute, mais Oscar Wilde se fiche des critiques auxquelles il répond : « La caricature est l’hommage que la médiocrité paie au génie. »

Il s’envole pour les États-Unis, la terre de tous les possibles, où il donne des conférences sur son sujet préféré, l’esthétisme. Il rencontre l’écrivain naturaliste Henri James, meilleur ami de notre chère Edith Wharton, mais ne s’entend pas avec lui. La presse britannique ne le lâche pas d’une semelle et relate avec avidité tous ses faits et gestes. Selon ses propres mots, Oscar Wilde pense avoir « civilisé l’Amérique », ce qui démontre son humilité.

Deux ans après son retour, en 1884, il épouse Constance Lloyd, un mariage de convenance pour faire face aux accusations d’homosexualité qu’il traîne comme une ombre derrière lui. Rien n’y fait, les rumeurs reprennent avec plus d’intensité, peut-être parce qu’elles sont fondées ! Wilde fréquente des hommes et, parmi eux, le fils du procureur général du Canada, cultive des relations tarifées avec des hustlers. Mais ce qui le fait tomber, c’est sa relation avec le fils d’un aristocrate, Alfred Douglas, âgé de vingt et un ans, avec qui il multiplie les virées nocturnes dans une société nuisible. Le père du jeune homme l’accuse publiquement d’avoir de mauvaises mœurs. Oscar Wilde tient à ne pas perdre la face devant une société à la gâchette facile et porte plainte. Cela se retourne contre lui. L’aristocrate réussit sans beaucoup de mal à le faire condamner à deux ans de prison fermes qui vont le détruire.

« Le fondement solide du mariage est une compréhension réciproque », disait Oscar Wilde du temps de ses succès. Une fois la honte tombée sur la famille, sa femme s’enfuit en Allemagne et change de nom. Sorti de prison, Wilde se retrouve seul et va s’installer en France, à Berneval, sous le pseudonyme de Sébastien Melmoth. C’est là qu’il rédige sa tendre Ballade de la geôle de Reading après avoir appris la mort de sa femme. Il se convertit au catholicisme, puis meurt d’une méningite à Paris le 30 novembre 1900.